900 ans d'histoire

Située à 70 kms au sud de Paris et à environ 50 kms au Nord d'Orléans, sur la limite de trois départements : l' Essonne, l' Eure et le Loiret, Angerville occupe, à côté d'Etampes, le centre d'un plateau élévé qui formait la plus grande partie de ce que l'on nommait autrefois la Haute-Beauce.


La Haute-Beauce


Le Pays Carnute
Cette partie de la Beauce était comprise dans le territoire des Carnutes, lors de la conquète des Gaules de Jules César. On a, du reste, retrouvé à Angerville lors de fouilles, quelques pièces de monnaies romaines.
Au temps des Mérovingiens, ce pays si peu ombragé aujourd'hui, était couvert de forêts.
En 997, Angerville appartenait au couvent de Saint-Denys par don du roi Robert.
A cette époque, le prévot de Toury et abbé de l'Eglise Saint-Denys, se trouvait être l'abbé Suger.
Issu d'une famille de serfs, Suger eut le privilège pendant son enfance de côtoyer Louis VI à l'abbaye de Saint-Denys où il est entré vers l'âge de dix ans. Après avoir étudié au prieuré d'Estrées de 1094 à 1104 pour devenir moine, il retourne à l'abbaye de Saint-Denys et en devient l'abbé de 1122 à 1151.
Ayant toute la confiance de Louis VI, il joue un rôle à peu près equivalent, aujourd'hui, à celui d'un premier ministre. Chargé de missions diplomatiques à l'étranger, conseiller, notamment pour les opérations militaires, il est également entremetteur, puisqu'il sera à l'origine du mariage de Louis VII, fils du roi et futur roi lui-même, avec Aliénor d'Aquitaine, en 1137.

Un manuscrit, connu sous le nom de LIvre Blanc, rédigé en 1250, indique Angerville comptant 110 habitants.

Suger fonda également ces Villæ Novæ, sorte d'asiles ouverts aux miséreux et aux fugitifs. Il est encouragé par Louis VI qui déclare libres, ceux qui s'y installent.
Les Villæ Novæ du moyen âge, comme celles de l'époque romaine, aspiraient à être des groupes complets ayant non seulement leurs laboureurs et leurs bergers, mais leurs artisans et leur marché, leur église et leur prêtre et capables de suffire aux besoins de l'existence sans être obligées de recourir aux autres groupes souvent très éloignés. Avant le IXème siècle, on trouve rarement la mention d'une église dans une villa; à partir du IXème siècle, on la trouve très souvent.

Suger devient régent de la France de 1147 à 1149 lors du départ de Louis VII pour la deuxième croisade.
Lorsque Louis VII évoque l'idée de répudier Aliénor, Suger comprend le danger et la portée d'un tel acte. Il tente d'en dissuader le roi. Ce n'est qu'après la mort de Suger que Louis VII met son idée à exécution.
Sa tombe fut profanée en 1793.

Suger
Suger (vitrail St Denis)
La propriété rurale ne subit pas, légalement du moins, une transformation aussi radicale que les événements politiques pourraient le faire supposer. Il est certain cependant qu'il fallut faire place aux vainqueurs et que, par concession, spoliation ou meurtre, des chefs barbares devinrent maîtres d'une partie des terres : les noms des propriétés d'origine germanique(1) aussi bien que d'origine latine qu'on lit dans les chartes du VIIIème et du IXème siècle suffisent à prouver que cette place a été faite.
(1) D'après Georges Bernage, dans PRÉNOMS NORMANDS ET VIKINGS, les prénoms OSGEIR (prononcer Osgueïr - anglo-scandinave, normand) (l'épieu des dieux - guerrier) attesté dans les noms de familles et les noms de lieux (Angerville, Le Thuit-Anger), et ASGEIR (pron. Asgueïr - scandinave) (la lance divine, des Ases), pourraient être à l'origine du nom d'Angerville. Ce fut le nom d'un des premiers chefs vikings ayant pris Rouen et s'étant installé en Normandie (milieu du IXème siècle); il a effectué des raids en Gascogne, en Aquitaine, dans le Beauvaisis, en Neustrie, jusque Paris. Attesté dans le nom de famille normand Anger.
Louis VI de France, dit Louis le Gros, né le 1er décembre 1081, est le premier fils de Philippe Ier . Il combattit le duc de Normandie et les sires châtelains du domaine royal. Il fut élevé avec Suger qui devint son ami proche, puis son conseiller.
Il veut se faire sacrer au plus vite. Ce qui est fait le 3 août 1108. Dans la cathédrale, il reçoit l' onction très sainte de la main de Daimbert, l' archevêque de Sens.
Dès 1110, il octroie aux habitants des villes divers avantages fiscaux et le droit de s'administrer sous la direction d'un maire. En 1111 il mènera la conquête du Puiset. Le dimanche des Rameaux 1115, il est présent à Amiens, pour soutenir l'évêque et les habitants de cette ville dans leur conflit avec Enguerrand Ier de Coucy.

Louis VI dit le Gros

Louis VII
C'est à partir des règnes de Louis VI et de Louis VII, conseillés par l'abbé Suger, que la royauté commence à exercer un rôle national, en répondant à l'appel de ses sujets. La justice du roi va se mettre à régler les conflits entre différents vassaux, confirmer des chartes communales aux bourgeois des villes et garantir des propriétés d'abbaye.
Comme sa voisine Etampes, Angerville doit supporter bien des épreuves à l'époque des guerres, de la part des armées belligérantes qui traversent la contrée. Ce sont les Armagnacs, les Bourguignons qui mettent le pays à feu et à sang. Ce sont les Anglais qui passent avec leurs convois de ravitaillement pour leurs armées assiégeant Orléans.
C'est la fameuse Journée des Harengs qui s'ensuivit.
La Journée des Harengs est en réalité une bataille qui se déroula au Rouvray, près d'Angerville, le 12 février 1429. Elle fut appelée « Journée des Harengs » car le convoi anglais attaqué par les Français transportait du poisson et autres victuailles destinés à être consommés pendant le carême. Les Français postaient des espions auprès des armées anglaises pour tenter de connaître leurs intentions.

La bataille des Harengs
Un de ces hommes informa les Français de la sortie de 300 chariots de la ville de Chartres, convoi escorté par 1 500 Anglais sous le commandement de John Fastolf et du prévôt de Paris, Simon Morhier. Apprenant la nouvelle, plusieurs milliers de Français sortirent d'Orléans avec à leur tête Jean de Dunois, comte de Longueveille.
De son côté, Charles de Bourbon, comte de Clermont et futur Charles Ier de Bourbon, prit du retard pour effectuer sa jonction avec le comte de Longueville. Les Anglais en profitèrent pour disposer leurs chariots en cercle et attendirent les Français de pied ferme. Les Français manquèrent leur effet de surprise. Une dispute éclata entre John Stuart commandant les troupes écossaises et Jean de Dunois. Chacun avait son avis sur l'opportunité de livrer bataille aux Anglais. John Stuart voulait combattre à cheval, le comte de Longueville préfèrait se battre à pied. Pour finir, chacun engagea le combat selon sa propre idée. Charles de Bourbon arriva au moment de la dispute éclatait, mais ne broncha pas. Les Français étaient proches de la débandade lorsque La Hire et Jean Poton de Xaintrailles prirent les affaires en main. Ils firent battre en retraite les Anglais. Beaucoup de capitaines, dont John Stuart et son frère Guillaume, périrent lors de cette journée.Mais il y eut des périodes plus calmes et bienfaisantes comme le passage de la reine Anne de Bretagne, (voir les hôtes célèbres ) et l'établissement, par le roi Charles VIII, de deux foires annuelles et d'un marché par semaine.
Charles VIII

La france sous Charles VIII
C'est à cette époque que les terres du village royal et monacal d'Angerville sont absorbées peu à peu par les seigneurs voisins, soit par les concessions royales, soit par des empiècements ou acquisitions. A la fin du XVIème siècle, on voit deux seigneurs principaux qui se partagent le pays : les seigneurs de Méréville et les Abbés de Saint-Denys.
En attendant, le village s'est agrandi. Il est devenu une ville fortifiée. Le roi Henri II a autorisé (vers 1540) qu'on entoure d'une enceinte de quatre mètres de haut, avec vingt tourelles crénelées et un fossé par devant . Un capitaine est désigné pour commander la milice. La ville ainsi fortifiée connaîtra, comme à Etampes, les malheureuses conséquences des guerres de religion, de la Ligue, de la Fronde.
De tout cela, il ne reste plus que quelques pans de murs et une tourelle démantelée que l'on voit du côté de la petite promenade appelée : le Jeu de Paume.

Les fossés ont été comblés exepté à l'endroit de la mare qui avait remplacé celle qui existait jadis au centre du pays, à l'emplacement actuel de la Place du marché. Cette seconde mare a aujourd'hui disparu et donné le jour aux place et rue du Général Leclerc.

 

Angerville eut à souffrir des guerres de religion et des querelles entre les principaux seigneurs à qui elle appartenait. Mais ce n'était sans doute pas suffisant puisqu'elle devait être attaquée par les poêtes.
Le grand fabuliste La Fontaine, dans son voyage de Paris en Limousin, voulant railler l'origine de la Beauce, écrit : "Depuis que la Beauce est plate, ses habitants sont devenus bossus".


Henri II
Un poête, Passerat, sort d'Angerville et n'a pas l'air content :

Jean Passerat
Qui de ses propres mains, a étranglé son père
Qui a meurtri sa mère et tué sa soeur,
Qui, comme les Titans, aux astres fait peur,
Et qui fait manger ses neveux à son frère; ...
Qui a trahi sa foi, son pays et son roi,
Et allumé les feux d'une guerre civile !
Quiconque est celui-là; s'il veut que ses péchés
Ne lui soient à la fin devant Dieu reprochés;
Qu'il dîne à Artenay et soupe à Angerville.
Ainsi, selon lui, de son temps, il fallait avoir assassiné père et mère pour manger à Angerville.

Certes les auberges ne manquaient pas à Angerville. Au contraire, elles y pullulaient à tel point qu'on aurait pu changer le nom d'Angerville en Auberge-Ville . Le bourg ne contenait pas moins de 45 édifices à l'attention des voyageurs sur la centaine de foyers qui la composaient.
Le titre de Seigneur d'Angerville fut disputé pendant un siècle entre M. Delpech (seigneur de Méréville) et les Dames de Saint-Cyr (protégées par Madame de Maintenon), châtelaines de Monnerville et Guillerval. Enfin, Angerville est élévée au rang de châtellenie(2).
(2) Seigneurie et juridiction du seigneur châtelain. Droit de châtellenie. ériger une châtellenie en marquisat. Il désignait aussi l'étendue de pays placée sous la juridiction d'un châtelain.

Angerville avait donc fait de grands progrès. Moins ancienne que Monnerville, elle l'effaçait déjà à cette époque et de cette rivalité de beauté naquit le dicton populaire :

Monnerville, la belle fille ! Angerville la Gâte

Beaucoup de gens croyent encore que l'épithète la Gâte provient de ce dicton.

M. Delpech resta seul seigneur d'Angerville par lettre de Louis XV. Deux marchés existaient à cette époque à Méréville : le mardi et le vendredi.
M. Delpech fut autorisé à transférer à Angerville le marché qui se tenait à Méréville le vendredi de chaque semaine, ce qui fut fait dans le but de procurer aux troupes et aux passagers qui se rendaient de Paris à Orléans, des vivres en abondance.

Elle sera incendiée et pillée. Après une période de calme relatif, arrive la Révolution.

Le premier évènement déplorable se produisit le 8 Mai 1792, à l'occasion de la taxation du blé imposée par les révolutionnaires à cause de la disette. Voici ce qu'en dit l'historien Dramard :
Les cultivateurs avaient apporté au marché une quantité de grains assez grande eu égard à la médiocrité de l'approvisionnement. Il y avait aussi un grand concours d'acheteurs, ou prétendus tels, beaucoup d'entre eux étaient armés, circonstance d'autant plus remarquable que la garde nationale n'était pas organisée non plus dans cette petite ville.

Route du Carosse de Bordeaux
La municipalité n'ayant aucune force à leur opposer, dut se résigner à taxer les grains. Tout ce qui avait été exploité en vente fut enlevé ; alors huit individus ayant à leur tête un particulier dont ils semblaient suivre l'impulsion, vinrent à la maison commune demander où ils pourraient trouver du blé dont ils avaient, disaient-ils, grandement besoin. On le leur indiqua. Sur l'offre qui leur fut faite de leur vendre autant qu'ils en voulaient au cours taxé, ils répondirent qu'ils ne voulaient pas de blé de première qualité mais du blé mêlé d'orge, qu'il fallait que les officiers municipaux leur en procurassent, sinon qu'ils allaient tirer ! On leur en offrit : trois rapidement en achetèrent un sac, quant aux autres, ils refusèrent. Les choses se passaient trop facilement au gré de leurs désirs. Ils restèrent la nuit au cabaret, faisant tapage : sortirent à plusieurs reprises pour frapper à la maison commune en insultant le corps municipal et après avoir aussi été frapper à la porte de deux marchands de blé, messieurs Gatineau et Paillot, en leur disant de sortir, qu'ils seraient à la Lanterne. Ils se levèrent le matin en criant aux voleurs à la sortie du bourg.

Fête autour de l'arbre de la Liberté
A la suite de cet incident, on fait une enquète et on arrête les deux principaux meneurs, Raguin et Gautron, de Pussay. Mais ils sont bientôt relâchés par un ordre venu de Paris. La même année, le 1er Juillet, grande cérémonie à Angerville à l'occasion de la plantation d'un arbre de la Liberté. Le citoyen Vallet, secrétaire de la municipalité, lieutenant-colonel de la garde nationale qui vient d'être constituée, convoque ses hommes pour la cérémonie au cours de laquelle il devait y avoir une messe. Il convoque également le corps de musique (composé en réalité de deux violons, invités ordinairement pour les danses et les fêtes). Pendant la cérémonie, ce corps de musique se mit à jouer des airs de danses et, pour terminer, au moment de la communion, par le Ça ira, repris en chœur par quelques assistants heureux de faire du scandale. Cette fois, le curé, l'abbé Rousselet, proteste et porte plainte contre le citoyen Vallet. Naturellement, celui-ci n'est pas inquiété et c'est tout juste si on n'arrête pas le Curé.
Le citoyen Vallet se trouvait protégé par le fameux conventionnel Couturier venu dans la région pour la régénérer révolutionnairement.
C'est alors que les révolutionnaires en profitèrent pour réorganiser le Club des Amis de la Constitution, pour brûler le drapeau de la garde nationale qui avait été offert par le marquis de Laborde, pour envoyer à Paris la seconde cloche de l'église à la fonte et pour employer comme chauffage les croix de bois du cimetière ! Tel fut le résultat du passage de Couturier à Angerville.
Tout cela, au fond, ne plaisait guère à la population. Aussi Couturier ne revient pas dans la région. Il se contente d'envoyer son délégué Sébilon pour rechercher les ennemis de l'ordre public. Sébilon fait aussitôt arrêter le marquis de Méréville, le citoyen Laborde, resté dans son château, estimé de tous. Le lendemain même, les habitants d'Angerville protestèrent sous forme de pétition au Comité de Sureté Générale. Cette pétition est un magnifique éloge du marquis de Laborde.
Cette courageuse intervention n'empêchera pas le marquis de Laborde d'être guillotiné le 18 Avril 1794.

Le marquis de Laborde
C'est à cette triste époque que l'église d'Angerville devient Temple de la Raison, qu'elle est dépouillée de tout son mobilier, qu'a lieu le fête de la Révolution, la fête de l'Etre Suprème, qu'on voit passer des troupes de soldats et de prisonniers, pour terminer sur les forfaits de la bande d'Orgères
La Révolution avec toutes ses abominations (la Terreur) cesse à l'avènement de Napoléon.

François Guizot

Il y eut aussi cet épisode de l'insurrection de 1848 : le roi Louis-Philippe vient de fuir à l'étranger. Son ministre Guizot veut se réfugier chez un ami au château de Louville. Il est reconnu à la gare d'Angerville et on s'apprête à lui faire un mauvais coup quand intervient le vétérinaire Henri Delafoy qui le délivre de l'émeute.

 

 

 

Citons également l'héroïque conduite de Goëtzmann et du docteur Badaud pendant la guerre de 1870.