François BLANCHET

Biographie

François BLANCHET naquit à Angerville le 26 Janvier 1707, de l'une des plus anciennes familles du pays, où Jean BLANCHET, son père, était procureur fiscal des Dames de Saint-Cyr. Sa mère s'appellait Cantienne BAUDET.

Il vint à Paris pour y finir ses études au collège Louis-le-Gr et les Jésuites ne tardèrent pas à remarquer les talents de ce jeune homme. Ces camarades et maîtres le comblèrent tant de reconnaissance qu'il se méprit sur sa vocation. En 1724, il entra au noviciat mais n'y resta pas longtemps. Il se sépara de ses bienfaiteurs avec sensibilité.

Rendu à lui-même, sans fortune, sans appui, il ne doutait pas un instant de la bonne intention de la Providence. Afin de ne point flotter au gré de ses passions naissantes, il se proposa un but conforme à ses principes et prit le parti de se consacrer entièrement à l'éducation de la jeunesse et résolut, malgré son aversion pour toute sorte de gènes, de faire pour les autres ce qu'on avait fait pour lui d'une manière si généreuse.
François BLANCHET

Puis-je espérer de vivre aux Temps de mémoire ?
Mais qu'importe après tout ? dans le siècle ou je vis,
Je fais, grâces au Ciel, tout le bien que je puis,
Le vrai bien, peu connu, peu vanté dans l'histoire;
Je remplis mes devoirs, je règle mes désirs,
J'aime la gloire enfin plus que les vains plaisirs,
Et la vertu plus que la gloire.


Gresset
Les pères Brumoy, Bougeant, Castel et l'ingénieux Gresset, qu'il avait aimé de préférence, lui avaient procuré une sorte de réputation. Déjà des personnes titrées veulent lui confier l'espoir de leurs maisons : il préfère d'abord se livrer à l'instruction publique. Il professa, avec distinction, les humanités et la rhétorique, dans deux collèges de province.
Un véritable apôtre, M. de Mérinville, évèque de Chartres, témoin de son zèle et de ses succès, mais constatant que sa santé commençait à s'altérer, lui offrit un canonicat, sous condition qu'il se fasse prètre : "Monseigneur, lui répondit-il, je suis trop honnète homme pour cela." Ensuite il exposa ses motifs, et ce vertueux prélat ne put s'empêcher de les approuver.
Sa santé, qui déclinait sensiblement, le força à descendre aux éducations particulières, souvent plus utiles que les autres, mais il ne songeait qu'à faire le bien et il le fit.


Il parut enfin plus content de son sort mais son ami intime, l'un des plus intègres magistrats de ce siècle, De Chavane, à qui l'ont doit tous les matériaux et toutes les pièces justificatives de sa vie, n'en était pas satisfait. Il lui donna un premier indult (bénéfice) qu'il oublia de placer. Il lui en donna un autre qui lui valut un canonicat dans la cathédrale de Boulogne-sur-Mer. C'est à partir de cette époque que les scrupules, l'indécision et les singularités de l'abbé BLANCHET allèrent toujours en augmentant. Il souffrait d'une double personnalité.

La cathédrale de Chartres

Son chapitre le pressa d'entrer dans les ordres : il répondit comme la première fois et remit sa démission à M. de Mirepoix. Son ami De Chavane ne lui en voulut point.
Délivré de son canonicat, il reprit ce qu'il appelait "son collier de misère" : "puisqu'il faut ramer, je rame d'assez bonne grâce et même assez gaiement". Il tenait à sa profession de "précepteur", jadis si vénérée.
Sa démission volontaire et les contrastes qu'il offrait naturellement excitait la curiosité de bien des gens. Mais l'abbé BLANCHET cacha de son mieux sa vie et ses ouvrages, en vivant avec confiance. On le nomma interprète à la Bibliothèque du Roi, pour l'italien, l'espagnol et l'anglais. On lui refusa une démission, allégant qu'il s'agissait plus d'une récompense que d'un emploi. Il fut donc contraint de toucher cent pistoles. On le nomma censeur. Il accepta le titre mais pas la pension. Ses amis le firent nommer "garde des livres du cabinet du roi". Il écrivit à son ami : "Je pars demain pour Versailles et je compte que mes livres y parviendront après-demain. Mais j'ai grand-peur que nous ne revennions bientôt.".
Il arrangea avec beaucoup d'intelligence la bibliothèque qui lui avait été confiée. Il quitta sa place, comme il l'avait dit, trop heureux de retrouver une "pauvreté honnète", et revint à Paris.

Mais il était trop désillusionné. Paris ne parut plus n'être qu'un désert. Il n'estimait plus les hommes autant qu'il le voulait. Blanchet résolut donc de revenir à Saint Germain en Laye pour y finir ce qu'il croyait être le reste de sa vie. Il s'en explique ainsi :
- Pour moi, vous le savez, qui n'ai guère connu le bonheur, je vais le connaître encore moins que par le passé. Je suis consumé par une mélancolie cruelle que je ne puis vaincre et contre laquelle je ne trouve ici aucune ressource. Deopuis six semaines, je vis comme un ours dans sa tanière sans oser faire ni recevoir auncune visite.Ce sera bientôt fini, s'il plaise à Dieu, car, selon toute apparence, je mourrai de pure tristesse.

Saint Germain en Laye

Loin de l'affliger par d'inutiles reproches, ses amis furent les premiers à l'excuser. Trochereau de la Berlière, savant très distingué, et de Rochefort, ne l'ont pas quitté jusqu'au dernier moment.

L'abbé BLANCHET est mort à Saint-Germain-en-Laye, le 29 Janvier 1784..


Tous deux l'ont dignement célébré après sa mort : Trochereau dans une notice envoyée au Journal de Paris (N° 102 de 1784), et de Rochefort dans une lettre adressée à Dussault.

Bibliographie





Apologues (1) et contes orientaux (1783)
Il comporte 8 lithographies de Mortaut, 15 apologues , 14 contes orientaux et 33 maximes.

Apologues :
- La bibliothèque du roi des Indes
- La Reine de Gor La Royauté
- Les Princesses bien nées
- Les deux serpents
- La cour de Perse
- L'académie silencieuse
- Caroun
- L'envieux
- Le derviche insulté
- Tout est bien
- L'arabe affamé
- Le mendiant et son fils
- Les amis et l'argent
- Le Juif et le Chrétien
- Le testament
Contes orientaux :
- L'eunuque incorruptible
- Ce que l'on gagne à se lever de bon matin
- Le verre d'eau
- Le Trône
- Trait de justice du calife
- Bienfaisance du calife
- Plaisanterie d'un poète persan
- Le trône de Turcomans
- Histoire du sultan Thogrul-Ben-Arslam
- L'éclipse Trait de sagesse d'un bon prince
- Cosroes Parviz et Siroes
- Histoire d'Abou-Taher
- Le sultan incrédule
- La vision de Mirzah

(1) Apologue : Du latin apologus, lui-même du grec apologos, « récit détaillé, narration ». Introduit en français au XVème siècle. Court récit allégorique qui vise essentiellement à illustrer une leçon morale. (exemple : les fables de La Fontaine).


Variétés morales et amusantes, (1784)

Morceaux de morales tirées de quatre journaux anglais. Le premier, The tatler ou Le babillard, publié en 1709 par Rchard Steele, fut le mercure moral de l'Angleterre.
Ce livre est une preuve supplémentaire de la souplesse du talent de François Blanchet. Habitué, par de sérieuses traductions, à maitriser sa langue, il a su en faire comme une cire malléable avec laquelle il a modelé la langue anglaise et nous en a présenté la hardiesse et l'originalité. (Menault, dans Biographie des hommes célèbres).

Documents


Un exemple d'apologue
Apologues et contes orientaux
Auteurs: Sophie Ulliac de Tremadeure et François Blanchet, Editeur: Le Fuel, libraire-éditeur au Palais Royal, Paris circa 1854. 160 pages, 8 lithos de Mortaut, 3 lithos mises en couleur à la main. Format 7,3 x 11,4 cm.

 

Sources
Vie de M. l'Abbé BLANCHET par M. DUSSAULX, de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres.
Apologues et contes orientaux.