L'affaire Dormoy

Le petit journal n° 17.935

LA TRAGÉDIE D'ANGERVILLE

Le bandit survivant qui disait s'appeler Oscar Wilde, était recherché comme ayant pris part à l'attentat de la rue Ordener.

La découverte de l'identité du prétendu Oscar Wilde, le bandit arrêté a Etréchy après la poursuite acharnée qui suivit l'assassinat à Angerville du malheureux brigadier de gendarmerie Dormoy,; a éclairci, en partie, le mystère qui enveloppait cette tragédie commencée à Orléans et terminée en Seine-et-Oise.
Quand on a su, grace aux recherches de l'inspecteur de la Sureté générale Eymard quie le pseudo Oscar Wilde se nommait en réalité Joseph-Léon Renard, était né le 24 avril 1885 à Iguerande, dans le département de Saône-et-Loire, et avait été, condamné en 1908 pour insoumission,on établit vite que l'on tenait un individu connaissant à la fois Garnier et Carouy, les introuvables anarchistes.
En effet, Renard, qui était connu comme anarchiste, étaite soupçonné d'avoir participé effectivement à l'attentat de la rue Ordener, et M. Jouin, sous-chef de la Sureté, le recherchait en même temps que Carouy. Nous avons raconté que M. Jouin, récemment encore, établi une surveillance à l'Idée Llibre, passage de Clichy, où il savait que Garnier s'était réfugié en quittant Vincennes à l'annonce de l'arrestation des époux Dettweiller.
Le sous-chef de la Sureté croyait découvrir aussi à cet endroit Joseph-Léon Renard qu'il savait en fuite avec Garnier.
Les deux bandits, prévenus par leur complice qui avaient reconnu les inspecteurs faisant le guet, échappèrent aux recherches et la perquisition pratiquée dans les bureaux de l'Idée Libre, ne donna, on l'a vu, que peu de résultat.
M. Jouin apprit ensuite que Renard s'était réfugié dans une ville du midi.
Nous donnons aujourd'hui une autre photographie de Renard, qui présente, sous un autre aspect, le bandit, dont, hier, nous avions publié un impressionnant instantané dû à la Presse française, en même temps que les protraits des gendarmes et les scènes du drame, photographies de M. Rameau, à Etampes.

UNE IDENTITÉ A TROUVER

La première brigade mobile de la Sureté générale a essayé jusqu'à présent, sans y parvenir, d'établir l'identité du camarade de Joseph Renard, qui s'est suicidé au moment où il allait être pris.
Au service de la Sureté, on n'était pas éloigné de croire que le suicidé était l'introuvable Garnier, un des bandits de la rue Ordener.
D'autre part, les bandits de la rue Ordener avaient affirmé qu'avant de se laisser prendre ils se livreraient à « la chasse au tigre », lisez la chasse aux policiers.


J.L. Renard, le faux Oscar Wilde.

LE BRIGADIER DORMOY

Suivant la demande faite par le ministre de l'intérieur, le préfet a proposé un secours de 500 francs pour Madame Dormoy, veuve du brigadier de gendarmerie tué à Angerville ; en outre, elle recevra un bureau de tabac, comme nous l'avons dit.
D'autre part, le conseil d'administration de la Caisse des victimes du devoir a adressé d'urgence une somme de deux cent francs au maire d'Angerville, pour Madame Dormoy.

L'INSTRUCTION A ÉTAMPES

Etampes, le 2 Février.
Joseph Renard, le pseudo Oscar Wilde, a demandé à consulter la liste des avocatsde Paris. On sait qu'il avait primitivement choisi Me Henri Robert.
Hier soir a eu lieu l'autopsie du cadavre du bandit qui s'est suicidé ou qui a été tué dans la prairie de la sente de Saint-Fiacre, près du petit Saint-Mars. Nous disons a été tué car on ne sait au juste si le malfaiteur se donna la mort.
En effet, au moment où, comme nous l'avons raconté, les deux voleurs d'Orléans se sentirent près d'être rejoints par le gendarme Poinsot, ils se retournèrent brusquement et, après avoir insulté le gendarme, ils le mirent en joue et tirèrent avec leurs quatre revolvers.
Le gendarme Girault accourut au secours de son camarade. Avec calme, il mit un genou à terre en s'en servit comme point d'appui pour faire feu à son tour sur le bandit qui tomba foudroyé au moment même où il tenait sa main droite à hauteur de sa tempe.
L'opinion des courageux gendarmes est que l'homme fut tué par le coup de revolver de Girault.
En fouillant minustieusement le prisonnier, on a trouvé sur lui, en dehors de ses deux revolvers et de quelques clefs, un billet de retour de Juvisy à Paris, daté du 29 janvier, outre le billet aller et retour Etrechy-Juvisy qu'il venait de prendre au guichet quand on le captura. Il est donc fort probable que cet individu comptait rentrer à Paris, son coup fait.
Des propositions vont être faites pour que des distinctions soient accordées aux gendarmes qui se sont particulièrement distingués pendant cette tragique journée, notamment Sinet, Girault, Poinsot et Verot. La population ne sait comment manifester aux gendarmes son admiration. De leur côté, les gendarmes reconnaissent les services que tout le monde leur prêta dans la course à l'homme. On cite spécialement deux jeunes gens, MM. Léon Rousseau et Maurice Babillot, qui furent requis par les gendarmes Poinsot et Girault et qui, sans hésiter, se mirent des premiers à la poursuite des voleurs meurtriers.


Jean PASCAL

Il semble, maintenant, hors de doute que le suicidé de la gare d'Etampes, Jean Pascal, n'était pas de la bande de Renard. On ne doit voir là qu'une coïncidence.

Le petit journal n° 17.937

APRES LA TRAGÉDIE D'ANGERVILLE

LES OBSÈQUES D'UN BRAVE

Etampes, 4 Février.
Je vous ai dit hier dans quel recueillement la population d'Angerville avait suivi le cercueil du brigadier Dormoy. L'adieu émouvant qu'a adressé, au nom du ministre de la Guerre, le général Vérand au brave soldat a été très remarqué.


AUX OBSÈQUES DU BRIGADIER DORMOY
Le général Vérand prononçant un discours au nom du ministre de la Guerre

Vers la fin de cette cérémonie, le sapeur-aviateur Letord, qui concourait pour l'épreuve du brevet militaire, est venu saluer le cortège à cent mètres d'altitude.
Me Henri Robert, l'avocat choisi enfin par Joseh Renard comme défenseur, a fait connaître à ce dernier qu'il ne pouvait se charger de sa défense. Le malfaiteur a été interrogé par M. Germain, juge d'instruction qui lui a simplement demandé s'il entendait choisir un autre conseil. L'inculpé a répondu qu'il choisissait Me Henri Géraud, avocat à la cour d'appel de Paris.
Si Me Géraud accepte, l'interrogatoire de Renard pourra avoir lieu dans le courant de la semaine.

L'ENQUÈTE DE LA SURETÉ

L'enquète continue à la Sureté.
En quittant l'impasse Montfrrat, où il avait reçu momentaément l'hospitalité, l'anarchiste Renard, l'ami de Lebourg et d'Octave Garnier, a habité chez un ami qui demeure 25, rue du Pressoir. Il est resté à cette adresse pendant quatre jours.
C'est pendant qu'il logeait rue du Pressoir que Renard a jugé prudent de changer sa physionomie et a fait couper la barbiche qu'il avait portée jusqu'alors.

Le Petit Journal n° 18.299

LES BANDITS D'ANGERVILLE

Ce matin, au lever du jour, le comdamné à mort Renard sera exécuté à Versailles

Les bois de justice ont quitté Paris, hier matin, pour être transportés à Versailles, où aura lieu aujourd'hui l'exécution de Joseph Renard, l'un des bandits d'Angerville, qui a été condamné à mort le 10 Novembre dernier par la cour d'assises de seine-et-Oise.


RENARD
L'assassin du brigadier Dormoy

Rappelons brièvement cette tragique affaire.
Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1912, deux employés de la gare d'Orléans qui poursuivaient des cambrioleurs, le chef de gare M. Raymond et un laveur, furent blessés par eux à coup de revolvers. Les malfaiteurs, au nombre de deux, eurent ensuite le temps de prendre aux Aubrais un train qui les descendit à Angerville (Seine-et-Oise) où le brigadier de gendarmerie Dormoy et le gendarme Sinet se mirent à leur poursuite, à bicyclette.
Tous deux avaient dépassé Monerville, lorsqu'ils aperçurent de loin deux individus porteurs de valises et dont l'un allumait de temps à autre une lampe électrique pour reconnaître le chemin.
— Haut les mains ! cria le brigadier Dormoy.
Pour toute réponse, l'un des bandits braqua sa lampe sur les deux gendarmes. En même temps, les malfaiteurs firent feu de leurs revolvers à dix ou douze reprises.
Le brigadier, mortellement atteint, tomba entre les bras de Sinet, auquel il eut à peine la force de murmurer : « Mon pauvre Sinet, je suis bien touché. » Et il expira. Le gendarme Sinet essuya encore quelques coups de feu, sans être atteint.


Le brigadier DORMOY
la victime

Les bandits gagnèrent Etampes, où leur présence signalée donna lieu à une chasse mouvementée qui dura toute la matinée.
A plusieur reprises des fusillades furent échangées à travers champs. Enfin, l'un des bandits fut tué au Petit-Saint-Maur. Mais, son camarade s'échappa encore et après une course échevelée, croyant avoir dépisté ses poursuivants, il allait prendre le train à la gare d'Etrechy, lorsque le gendarme Vérot, de Chamarande, se jeta sur lui et l'arrêta.
C'était Joseph Renard : il prétendit d'abord se nommer Oscar Wild.
L'identité du second bandit, celui qui avait succombé, fut également des plus difficiles à établir. Longtemps, on crut qu'il s'appelait Alexandre Lebourg, déserteur. Mais ce dernier fut retrouvé et l'on finit par savoir que le bandit tué, était un autre déserteur, Alexandre Britannicus, anarchiste en relations avec la bande Bonnot.
Joseph Renard, né à Iguerande (Saône-et-Loire), en 1885, était lui-même un insoumi, condamné pour ce fait à neuf mois de prison.
A l'audience de la cour d'assises, à Versailles, Renard eut une attitude effacée.
Son interrogatoire ne fut guère qu'un long monologue du président, auquel il ne répondit que d'une voix à peine intelligible. Il reconnut tous les faits de l'accusation, mais il affirma toutefois n'avoir jamais visé les gendarmes. S'il tira, ce fut uniquement pour protéger sa fuite.
Il avoua également avoir fréquenté Garnier, Monier dit Simentoff, de concert avec qui il commit un cambriolage à Allais.


La porte de la prison de Versailles
devant laquelle la guillotine sera dressée ce matin

Pour le reste, Renard éluda toutes les questions embarassantes, craignant toujours d'en trop dire. La condamnation paraissait inévitable, du reste.

Sources

Reprises intégrales des reportages parus dans les journaux :

Le Petit Journal N°17.935 du Samedi 3 Février 1912, en page 1.
L'intégralité du reportage a été respectée à l'exception du passage concernant Jean PASCAL, n'ayant rien à voir avec le sujet ;seule la mise en page a été adaptée au format html.

Le Petit Journal N°17.937 du Lundi 5 Février 1912, en pages 1 et 2.
L'intégralité du reportage a été respectée , seule la mise en page a été adaptée au format html.

Le Petit Journal N°18.299 du Samedi 1er Février 1913, en page 1.
L'intégralité du reportage a été respectée , seule la mise en page a été adaptée au format html.
Photos scannées extraites du reportage.

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