Les Centenaires d'Angerville

Eucher Quinton

Le plus vieux des français a trinqué, à Angerville, à la santé de LA GAZETTE.


Photo Clair BRIZAIS

Doyen d'Angerville, doyen de l'Essonne et doyen des hommes français, M. Eucher Quinton, 105 ans, né le 6 mars 1862, n'a pas fini d'étonner. A l'issue de la course des « teuf-teuf » d'Angerville — qu'il a « présidé » dans la voiture sonorisée de La Gazette — Grand'Père boit ici en l'honneur de notre journal, sous l'œil de la capitaine des majorettes de Bagneux, un verre de bon vin de France (lire en page 8).

ANGERVILLE : près de 10 000 personnes ont admirés les “teuf-teuf” belle époque. Mais pépère Quinton — 105 ans — a fait confiance à la moderne R 4.

Un reportage illustré de Roger May, Serge Sevestre et Clair Brizais

Il était 17 h 30 sonnées et le soleil aardent cognait de plus belle. Mon ami Clair Brizais et M. Sabourin, d'Angerville allèrent chez M. Eucher Quinton, 105 ans, doyen d'Angerville, doyen de l'Essonne et doyen des hommes français, lui disant :
- Nous allons vous faire faire le tour de la ville en « teuf-teuf ».
Le grand'père eut cette réponse inouie :
- Ces machines-là, c'est un peu vieux, je leur fais point confiance ...
Alors Brizais lui désigna du doigt la moderne R 4L sonorisée de « La Gazette » — et cette fois, M. Quinton accepta. C'est pourtant vrai !
Et ce monsieur d'Angerville avait 54 ans en 1914 !
Telle ne fut la moindre anecdote de cette extraordinaire journée — qui restera chez nous, sans doute, comme la plus réussie de l'année.
Car tout « y était » : les bons mots de M. Darget, son chien « L'Arsouille », le soleil, les majorettes, les teuf-teuf amoureusement lèchées, les flons-flons des fanfares, les spectateurs par milliers, l'indiscipline gauloise — et aussi le fruit du travail d'un maire et d'une équipe dont nous connaissons de longue date la passion pour les quatre-roues.
Et tout cela, nous le reverrons désormais, tous les ans, toujours plus grand, toujours plus beau.

R.M.


L'on se retrouve entre gens « de la classe ». Né en 62, « sous l'Empereur », M. Eucher Quinton serre la main de la petite Sylvie M., née aussi en 62 mais le siècle suivant.

Ce Dimanche 9 Juillet fut un grand jour pour les Angervillois et l'on peut même écrire, ainsi que l'a annoncé à plusieurs reprises M. Claude Darget, qu'Angerville était devenu pour la journée « la capitale de l'Essonne ».
Le Comité des Fêtes d'Angerville, si jeune et si dynamique, présentait en effet un spectacle d'un très haut niveau et jamais vu dans la région. Les responsables de cette société, qui ne reculent devant aucun sacrifices pour plaire aux spectateurs et aux visiteurs, n'avait en effet pas hésité pour mettre sur pied un programme de festivité avec une course de teuf-teuf, un grand défilé avec les célèbres Majorettes de Bagneux et de nombreuses sociétés musicales. Enfin, le présentateur et animateur de ce spectacle était M. Claude Darget !
Il était environ 14 H 45 lorsque nous nous sommes présentés à l'une des entrées du pays. Il faut dire que les responsables du Comité d'Angerville avaient été contraints d'interdire l'entrée libre des personnes et des véhicules pendant toute la durée de la fête, le circuit spécialement aménagé se trouvant utiliser plusieurs voies dans Angerville même. On n'a donc pas pu pénétrer avec notre voiture et, comme il se devait, on l'a garée à l'extérieur de l'enceinte, bien aiguillé par un service d'ordre très compétent.
Qu'il nous soit d'ailleurs permis en passant de saluer et de remercier tous les gendarmes qui ont bien voulu épauler les organisateurs en cette occasion.
Le public une fois à l'intérieur de la fête a pu constater que les Angervillois avaient superbement décorés leur ville. Des banderoles et guirlandes étaient installées et le circuit qu'allaient emprunter les teuf-teuf était décoré par des balles de paille et des barrières. De plus, les organisateurs n'avaient pas hésité à sonoriser l'ensemble du pays, ce qui permit d'accueillir tous les spectateurs en musique.
Sur la place du Gal Leclerc, de magnifiques « stands de ravitaillement » faisaient vraiment penser qu'on était transporté au Mans, ou presque. Sur un podium d'honneur, M. Claude Darget se préparait à présenter et animer les festivités aux côtés de M. Gabriel Thiroin, maire d'Angerville et président du Comités des Fêtes.
Nous pensons avoir maintenant planté le décor et nous allons faire revivre ce que fut cette grande journée angervilloise. Mais avant d'aller plus loins dans notre commentaire, disons que le soleil était de la partie. En effet, si la journée précédente avait été quelque peu pluvieuse, il n'en fut heureusement pas de même en ce dimanche.
C'est aux environs de 15 H 30 que commença la présentation des teuf-teuf de la Belle Époque. Nous n'allons pas en faire le récit détaillé puisque nous allons avoir l'occasion de parler de chaque voiture dans le compte-rendu de la course.

Un défilé « du tonnerre »

Nous allons rappeler l'ordre et la composition du grand défilé qui allait précéder le Grand Prix d'Angerville, catégorie teuf-teuf. C'est la Maragran de Malherbes qui ouvrait la marche. Cette société, fondée en 1909 et qui comptait 26 exécutants, était présidée par M. Lombard et dirigée par M. Hot-Valentin. Venait ensuite une voiture de pompiers Laffly datant de 1914 et ce véhicule était doté pour la circonstance d'une soufflerie ... à confetti.
La fanfare d'Outarville-Autruy succédait aux pompiers. Cette société est plus que centenaire. Elle était renforcée par des éléments d'Autruy.
Cinq teuf-teuf précédaient ensuite la Lyre Sainvillaise, créée en 1901 et dirigée par M. Chevalier. Il est bon de signaler que cette société a renporté un premier prix à Tours en 1932, un premier prix à Vichy en 1933.
De nouveau, cinq teuf-teuf séparait cette société de la jeuns batterie-fanfare de La Ferté-Allais. En effet, bien qu'elle groupe de 50 à 65 exécutants, cette société n'a que cinq années d'existence.
Des teuf-teuf composaient encore ce grand défilé et nous pouvions alors admirer les ravissantes Majorettes de Bagneux. Les Majorettes de Bagneux ont été fondées en novembre 1964. Malgré son jeune âge, c'est le plus ancien groupe de la région parisienne et l'un des plus important d'Europe. En compagnie des Majorettes de Nice, elles ont représentées la France au Festival International de Majorettes organisé à Cannes en février 1966. L'art du maniement de la canne ou bâton a été enseigné aux Majorettes par l'Américain Norman Crayder, champion du monde du bâton. Les Majorettes de Bagneux sont passées plusieurs fois sur les chaînes de télévision française, italienne, monégasque et belge. La présentation de ce groupe d'une trentaine de Majorettes serait incomplète si nous ne parlions pas de la jeune Véronique Pasco, la plus jeune Majorette d'Europe puisqu'elle n'a que cinq ans. Elle est d'ailleurs la mascotte du groupe.


Une vieille Renault. Quand les quinquagénaires actuels étaient enfants, il en voyaient encore.

De Dion Bouton vis à vis 1900 : Coupe de l'élégance

Au cours de ce défilé qui emprunta deux fois le circuit complet tout au long duquel était amassé près de dix mille spectateurs et spectatrices, les commissaires avaient à noter les véhicules pour leur élégance. Les résutats furent communiquer en fin d'après-midi et ils furent les suivants :

  • Voiture n° 1 (De Dion Bouton 1900 à vis). Le pilote de cette voiture s'est vu remettre par M. Darget, au nom de son confrère, une magnifique coupe offerte par le « Journal du Dimanche ».
  • Voiture N° 10 (Renault 1908 AX). M. Peyronie remit au chauffeur une coupe offerte par Yacco.
  • Venaient immédiatement après les voitures n° 2, 4, 7 et 16.


Vue de la foule, devant le stand des marques.

Victoire de la « Zèbre 1910 monocylindrées Torpédo » en « petites cylindrées »

Dans catégorie petites cylindrées, la voiture n° 1 prit la tête dès le départ mais devait laisser sa place à la voiture n° 6 au huitième tour. Au 18e des 20 tours que comportaient la course, la voiture n° 6 précédait encore dans l'ordre, les teuf-teuf 3, 7 et 1. Mais finalement, à l'avant-dernier passage devant les tribunes, la n° 3 prenait le commandement et devait finalement remporter la victoire.

CLASSEMENT :

  • 1. N° 3 (Zèbre 1910 monocylindrées Torpédo) (le pilote a reçu la coupe offerte par Patis 51) ;
  • 2. N° 6 (Renault 1902 type Sport) ;
  • 3. n° 7 (Peugeot 1918, 3CV) ;
  • 4. n° 1 (De Dion Bouton 1900 vis à vis) ;
  • 5. n° 2 (De Dion Bouton 1904 « La Populaire ») ;
  • 6. n) 4 (De Dion Bouton 1900; 4 VC et demi) ;
  • 7. n° 16 (Oldsmobile).

Le fameux zèbre a démontré sa vélocité légendaire (Photo Studio VAUCLAIR.)

Victoire de la « Rochet-Schneider 4 cyl. 16 CV Sport 1911 » en « grosses cylindrées »

  • 1. n° 8 (Rochet-Schneider 4 cyl. 16 CV Sport 1911) (le pilote se vit remettre par M. Sanchez la coupe offerte par l'Automobile Club d'Etampes) ;
  • 2. n° 17 (Berliet 1923) ;
  • 3. n° 9 (Hispano Suiza 1906) ;
  • 4. n° 10 (Renault 1908 AX) ;
  • 5. n° 11 (Renault 1916, 4 cyl. 10 CV) ;
  • 6. n° 15 (Strudbaker) ;
  • 7. n° 12 (De Dion Bouton 1912) ;
  • 8. n° 5 (Renault 1908 2 cyl.).

Dans cette course de catégorie « grosses cylindrées » la voiture n° 9 prit la tête mais devait laisser la place à la n° 17 dès le second passage devant les tribunes. C'est alors que la voiture n° 8 qui avait pris un mauvais départ puisqu'elle n'était classée que 4e au premier passage, passa en tête à partir du 3e tour. Au quatrième passage, les trois voitures de tête étaient dans l'ordre la 8 la 9 et la 17. Cet ordre restait inchangé jusqu'au 10e et dernier tour précédant l'arrivée.
Avant que ne se termine cette magnifique journée, et avant de prendre congé, M. Claude Darget déclara que le Grand Prix d'Angerville de Teuf-Teuf poursuive son chemin et qu'il connaisse d'année en année un succès grandissant et bien mérité.
Nous pouvons pour notre part saluer M. Darget qui fit preuve d'une très grande compétence et d'un brio sans égal lors de cette manifestation. Il a fait une nouvelle fois étalage de sa classe et nous l'en remercions.
Nous adressons également nos félicitations à M. Christian Juin, qui assurait la direction artistique de ce programme.
Enfin, et après que nous ayons rappelé qu'un grand bal était organisé en soirée à la salle des fêtes avec le dynamique orchestre de jean-Yves Postel, nous adressons nos très sincères félicitations à tous les membres du Comité des Fêtes d'Angerville pour cette magnifique réussite.

S.S.

Sources

Reprise intégrale du reportage paru dans le journal LA GAZETTE N° 322 du Mardi 11 Juillet 1967, en pages 1 et 8.

L'intégralité du reportage a été respectée (y compris les coquilles !), seule la mise en page a été adaptée au format html.
Photos scannées extraites du reportage.

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